LES GNAOUAS

Chaque année, le festival Gnaoua et Musiques du Monde met à l’honneur l’héritage musical d’une communauté dont les racines puisent dans des croyances ancestrales. Histoire, rituels mystiques et instruments de musique : petit tour d’horizon des essentiels de la musique des confréries Gnaoua.

Petit précis de la musique et des rituels Gnaoua
Tout commence par une histoire entre le Maroc et l’Afrique sub-saharienne…
Le sultan Ahmed El Mansour, de retour d’une expédition dans le royaume Songhaï (sud Sénégal, Tchad, Mali) rentre au pays à la fin du 16ème siècle son convoi chargé d’or et de plusieurs milliers d’esclaves, dont une partie s’installera dans la région de Mogador. Les traditions de ces premiers Gnaoua se sont au fil du temps mêlées aux influences locales arabo-musulmanes et berbères, qu’on retrouvent aujourd’hui dans leur musique, à la fois métisse et résolument africaine.
Musiciens thérapeutes, organisés en confréries, les Gnaoua guérissent les maux du corps et de l’esprit au cours de cérémonies nocturnes, ou lila (« nuit » en arabe), dont les adeptes se livrent à des danses de possession au rythme des musiques et des chants. Au carrefour entre le culte des génies (djinns) et les croyances animistes, ce rituel ésotérique fait également appel à une Mqadma, prêtresse aux dons de voyance et seule capable de désigner les soins utiles à la guérison. La confrérie d’Essaouira est la plus active du pays et une des rares à disposer d’une zaouïa, centre religieux et sanctuaire : la zaouïa de Sidna Bilal.

La lila n’est qu’une infime partie d’un culte complexe aux codes et symboles connus seulement des initiés, appelé « derdeba ». Le rituel Gnaoua se réclame de l’islam dès son fondement : les adeptes guérisseurs suivent les préceptes de Sidna Bilal ; muezzin noir du Prophète Mohammed auquel il aurait ordonné : « Va, Bilal et où tu poseras tes mains tu obtiendras guérison ».

Entrée en fusion

Annoncé par les tambours (ganga), le Maâlem est le maître de cérémonie, le prédicateur en quelque sorte, celui qui invoque les génies en chantant et jouant du guembri. Cet instrument central, basse traditionnelle à trois cordes, est faite en bois de figuier et peau de chameau. Les autres musiciens, chanteurs et danseurs, font dans leurs mains sonner les crotales, ou qraqeb, ces doubles cymbales, qui ressemblent à de grandes castagnettes, dont le rythme lancinant métallique si reconnaissable fait dodeliner les têtes et tournoyer les corps.

Que l’on soit sensible ou pas à sa dimension mystique, la musique traditionnelle gnaouie renvoie aux origines rythmiques du blues, du rock ou de la soul. A la recherche de nouvelles « perceptions » à la fin des années 60, certains comme Jimi Hendrix ou Led Zeppelin sont tombés sous le charme de la musique des gnaoua qu’ils intègreront ensuite dans certaines de leurs compositions.

Ces premières fusions étaient en quelque sorte annonciatrices des plus belles rencontres musicales auxquelles on assiste depuis 1998 sur les scènes du Festival Gnaoua et Musiques du monde d’Essaouira.

Cette année encore, le festival donne rendez-vous à tous les mélomanes, du 12 au 15 mai, à la rencontre des Gnaoua sur une de leurs terres de prédilection : Essaouira.
Retrouvez le programme complet de l’édition dans le site : https://essaouira.madeinmedina.com/fr/article-petit-precis-de-la-musique-et-des-rituels-gnaoua-255.html

http://www.festival-gnaoua.net/fr/programme/2015/journee/1/
Texte et photo Alice Joundi

 

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